Post-pod #16 (Ancrages)

Caroline Dayer

⊕ Sa page Facebook, ses publications récentes:

Le pouvoir de l’injure (Les éditions de l’Aube, 2017)

DayerPouvoir

Pour rester dans l’audio, une interview par la RTS sur cette thématique. Pour l’écrit, un article qui porte sa signature et qui fait partie de l’édition spéciale « Les femmes font Le Temps, écrite par une cinquantaine de femmes remarquables », et publiée le lundi 6 mars 2017.

Et cette année également, la réédition en poche de  Sous les pavés le genre. Hacker le sexisme (Les éditions de l’Aube, 2014)

DayerSousPave

A ce propos, une interview écrite.

⊕ Évoqué dans la suite off de notre échange, les propos de la philosophe Elsa Dorlin, une penseuses-clé sur les questions de domination  – voir une vidéo « Pour un féminisme révolutionnaire + écouter diverses émissions audio sur France Culture.

Dans une interview que Caroline a fait d’elle en 2012, « Discours et pratique de combat », Elsa Dorlin répond à la question fondamentale du positionnement dans l’engagement :

« Plusieurs points sont importants pour moi. Tout d’abord, je trouve qu’il est plus pertinent de se situer que de dire qui on est. Lorsque l’on travaille en études de genre et en théorie féministe, que l’on est soi-même engagée dans ce mouvement, on est hanté par la question « qui parle ? » ; par rapport à l’engendrement des rapports de pouvoir de genre, de sexualité, de couleur, de classe, les termes de cette interrogation sont assez problématiques parce que je crois qu’on a tendance à confondre la question précise du positionnement (« d’où est-ce que je parle ? »), avec cette injonction, cette question policière (« qui es-tu pour parler de ceci ou de cela ? »), ce qui est très différent à mon avis. Se poser la question et être interpellé-e sur « d’où je parle » implique de se situer dans un champ théorique mais aussi sur un échiquier politique, militant, dans des histoires collectives et dans une biographie intellectuelle, c’est-à-dire de se situer dans une cartographie complexe. En revanche, la question « qui es-tu ? » me semble être un dévoiement policier et si on accepte d’y répondre, on échouera à penser ensemble les luttes comme à inventer des coalitions.

La deuxième chose, c’est de considérer que les expériences que l’on fait du sexisme sont toujours et en même temps teintées de racisme, de nationalisme, d’hétéronormativité et de rapports de classe, et que ces expériences ne sont pas identiques et n’ont pas à l’être. En revanche, je dirais qu’elles sont commensurables, c’est-à-dire qu’il y a une commensurabilité, il y a un point commun, il y a des perspectives communes, des ponts, des langages, des univers partagés. Et c’est précisément dans ces univers partagés qu’il faut aller chercher les points de rencontre et les logiques de coalitions.

La dernière chose concerne l’engagement féministe. J’appartiens à des groupes politiques féministes pour qui la théorie est une pratique et la pratique est porteuse de théorie. Donc il n’y a pas d’un côté ma vie d’universitaire et de l’autre ma vie de militante. »

Quant au féminisme:

« On peut se demander pourquoi à un moment donné les mouvements féministes historiques se sont privés d’un discours positif, révolutionnaire, de combat et de lutte qui a des généalogies très diverses (allant de Valérie Solanas avec le SCUM jusqu’au mouvement de libération des femmes dans les années 1970, qui avaient une rhétorique qui n’était pas centrée exclusivement sur la question de la victime), pour adopter des stratégies exclusives de prévention et de judiciarisation des violences. Il s’agit de se renouveler, de réinventer une mythologie féministe qui est une mythologie féministe de la puissance d’agir, de la puissance de résister des femmes et des minorités, tout en n’abandonnant pas la bataille juridique de la reconnaissance des violences faites aux femmes (et je pense notamment au combat actuel en France pour une loi efficace contre le harcèlement sexuel).

Je travaille sur la violence, non pas celle que l’on subit, on la connaît, on en fait l’expérience et il y a énormément d’études là-dessus. Ce qui m’intéresse, c’est la violence qu’on ressent face à cette violence, la colère, la rage, le sentiment d’injustice, de dégoût, de désespoir et ce qu’on fait de tout cela. Il faut la transformer en force politique et en puissance d’agir, et pour ce faire, il faut que le féminisme soit un discours et une pratique de combat ».

(l’interview dans son intégralité)